Survivre a été fondé pour donner un pérennité à un programme d’intervention mis en place sur Internet

Plus de 25 ans de présence et d’intervention

Mon vécu personnel et professionnel m’ont fait accumuler plusieurs deuils que je n’ai pas fait au fur et à mesure.

Au début de la trentaine, incapable de contenir toutes ces émotions, j’ai fait une grosse dépression. Tout cela m’amène à deux tentatives de suicide. Par hasard ou par pure chance, j’ai été arrêté dans mes gestes.

Je me suis retrouvé dans une première thérapie pour sortir de la crise suicidaire. Une deuxième thérapie pour démonter les patterns qui me poussaient à entrer en crise.

Ces thérapies m’ont fait tellement de bien. J’avais l’impression qu’on m’avait enlevé des tonnes de briques de sur les épaules. Ma respiration était plus profonde, plus calme. J’ai pu ouvrir les stores de mes fenêtres et enfin voir le jour. Ressentir la chaleur du soleil sur mon corps. J’ai alors décidé de débuter ma formation d’intervenant. Non pas pour y travailler et aider les autres, mais pour me connaître encore plus, voir les signes précurseurs à la dépression.

Je suis devenu l’adjoint du thérapeute qui m’avait accueilli dans ma souffrance. À sa retraite j’ai continué le travail commencé.

C’est avec cette formation que j’ai réalisé que mon incapacité à vivre mes deuils m’empêchait de tourner la page sur certains événements de ma vie. Un deuil non complété devient un boulet que l’on traîne et qui entrave notre liberté future. On fini par vouloir l’enterrer pour ne plus sentir la souffrance qu’il nous impose.

Un cercle vicieux qui m’avait rapidement entraîné dans le fond des abîmes. Plus la souffrance s’intensifiait, plus je l’enterrais, jusqu’à m’étouffer moi-même.

J’ai appris à la dure qu’il est important de faire ses deuils au fur et à mesure. Qu’il n’y avait pas de honte à pleurer. Que cela fait parti du processus de deuil. C’est en exprimant mes émotions au fur et à mesure que je peux me sentir vivant et toucher à toutes les polarités de la vie.

Travail de rue

Mes premières interventions ont été très variées. Comme travailleur de rue, directement dans les rues de Montréal auprès de jeunes marginalisés. C’est ce qui aura amené à la création du Café Graffiti en 1997.

Bistrol Mayer’s Squibb

La compagnie pharmaceutique Bistrol Mayer’s Squibb pour une intervention téléphonique à travers le Canada. Ils rappelaient des personnes qui avaient été suicidaires et qui avaient été médicamentées. Après 10 à 15 ans l’idée de vouloir mourir revenait hanter leurs patients. Ils les rappelaient pour leur offrir un autre médicament. Ne pouvant prendre le risque qu’un de leur « client » ne se suicide, ils nous ont engagé pour être disponible 24 heures sur 24 et prendre en charge toute communication qui pouvait laisser sous-entendre que la personne passerait à l’acte. De cette façon, si la personne se suicidait, il n’était pas en communication avec Bistrol Mayer’s Squibb mais avec un organisme d’intervention auprès de personnes suicidaires.

L’Université McGill

L’Université McGill cherchaient un intervenant d’expérience capable d’enseigner l’intervention de crise aux Inuits dans le Grand Nord Québécois. Après avoir essayé différentes possibilités (psychologues, psychiatres, intervenant de crise…) la responsable du programme m’a contacté pour me rencontrer. Après différentes entrevues et examens, ils décident de me donner le mandat. Je l’ai défini comme suit.

Former des intervenants Inuits à intervenir auprès de personnes suicidaires dans leurs communautés.

Développer l’autonomie des Inuits en habilitant des Inuits à former les prochaines générations d’intervenants Inuits.

Puisque les Inuits ont une grande tradition orale; donner des formations où, sans prendre aucune note, les Inuits pouvaient maîtriser l’intervention et comprendre le processus de la crise suicidaire.

Centres de Santé du Grand Nord Québécois

Ma présence dans le Grand Nord m’a permis de travailler avec les Centres de Santé du Kuujjuaq et de Puvirnituq. La mission était cette fois d’intervenir directement sur le terrain avec les « community workers » Inuits.

C’est ainsi que j’ai assisté à la diplomation de la première Inuit à recevoir son Baccalauréat en Travail Social. Une autre Inuit a assuré la relève dans la formation de l’intervention de crise.

Le suicide sur Internet

L’arrivée de l’Internet et des réseaux sociaux offre de nouvelles possibilités d’intervention. Il est vrai que l’on peut faire un site de prévention offrant des outils d’intervention. Mais peut-on intervenir directement auprès de personnes suicidaires à partir d’un ordinateur.

La personne qui veut passer à l’acte ne cherchera des organismes d’intervention pour ne pas se suicider. Elle va plutôt chercher des moyens pour se suicider, pour mourir sans souffrir, communiquer avec des personnes à risque de faire un pacte de suicide… Il faut donc avoir les bons mots clés qui attirent les personnes suicidaires dans un lieu de discussion.

Les textes adaptés à prendre contact avec les personnes cherchant des moyens pour se suicider ont obtenus sur 5 sites.

  • Près de 2 millions de visites,
  • Générant plus de 20 000 échanges avec les personnes suicidaires,
  • Permettant des milliers de références à des organismes spécialisés et des demandes d’aide
  • Menant à plus d’une cinquantaine d’interventions des secours et de la police.

 

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