Dans le langage clinique mais aussi au niveau de la littérature d’intervention, quand on parle par exemple des personnes victimes d’agressions sexuelles, on utilise fréquemment les mot “les survivants”. Plus particulièrement en matière de suicide, pour des personnes ayant attenté à leur vie, on parlera de survivre à la tentative de suicide. Pour l’entourage des personnes qui se sont suicidées, on s’exprime en disant vouloir survivre au suicide d’un proche.

Du côté du Larousse, on définie “Survivre” ainsi :

Continuer à vivre, à exister après un événement, la fin d’une époque, la disparition de quelqu’un : Cette association n’a pas survécu à son créateur. Rester en vie après quelque chose (accident, catastrophe) susceptible d’entraîner la mort : Survivre à un bombardement. Survivre à de terribles blessures.

Apprendre à se féliciter de survivre

Survivre est ce bel état de transition permettant ensuite de vivre plus sereinement
Survivre est ce bel état de transition permettant ensuite de vivre plus sereinement

Le mot survivre ne devrait pas être perçu comme un état latent dans l’antichambre de vivre, pleinement. Survivre, c’est un état choisi, d’abord et avant tout, devant des obstacles vécus par une personne et qui lui apparaissent difficilement supportables. Perte d’un emploi, peine d’amour, maladie, maux chroniques, conflits interpersonnels, la vie nous amène son lot d’événements qui peuvent être à nos yeux pénibles à surmonter.

Il n’y a aucune comparaison qui vaille entre les événements et la souffrance qu’une personne ou une autre peut ressentir quand elle s’y trouve confrontée. Vivre des émotions pénibles, difficiles, peut mener à un déficit d’espoir que les choses pourront s’améliorer. Quand alors on fait le choix de continuer malgré tout de vivre, on se met en position de survivre aux revers. C’est un mot d’action, c’est un acte transitoire, certes, mais c’est la base qui permet de créer les possibles.

Même si je ne solutionne pas une situation, même si je n’ai même pas l’ombre d’une clé pour m’en sortir, je peux résolument me féliciter de survivre. Trop souvent, nous oublions au cœur de notre parcours de vie que nous sommes chacun, chaque jour, une survivante, un survivant.

Survivre au suicide

Dans l’ombre, chaque jour, des gens font le choix de survivre aux idées noires

L’anxiété, l’angoisse, naissent d’une pensée qui est fondamentalement la suivante : cette difficulté, je n’ai aucun moyen de la surmonter, et les conséquences seront alors vraiment pénibles pour moi.

Il n’est pas question ici de se demander si réellement la difficulté est insurmontable et si les événements par la suite seront aussi catastrophiques. Pour la personne qui éprouve ces sentiments difficiles, le scénario qu’elle se tourne lui est parfaitement réaliste et la souffrance escomptée est envisagée avec sa lucidité qui lui vient de sa perception de ce qu’elle vit.

[le déficit d’espoir…] possiblement le facteur le plus important.  L’être humain peut tolérer toutes sortes de difficultés tant qu’il conserve l’espoir que les choses pourront s’améliorer.  Lorsqu’on a l’impression qu’on ne pourra jamais s’en sortir, le suicide peut se présenter comme la seule avenue possible pour cesser de souffrir. – Association des médecins psychiatres du Québec.

Ces gens autour de nous qui choisissent tout-de-même de sortir du lit, de dessiner, de marcher, ou de se rendre au travail, de faire comme si survivent. C’est déjà un moment important, un choix important qui mérite d’être félicité et mis en valeur. C’est la première chose pour laquelle nous devrions tous avoir de la gratitude : être en présence de gens qui, sans souvent nous le dire, ont fait le beau choix de survivre.

Sachant combien souvent les gens taisent leurs idées noires, nous devrions garder en mémoire l’importance d’exprimer et de reconnaître les survivants qui nous entourent, silencieusement, portant leur fardeau sans toujours porter la solution pour s’en libérer, mais qui par leur seule présence survivent.

C’est un premier geste résolument positif que nous pouvons, chacun d’entre-nous, poser.

Accepter cet état transitoire, porteur de tous les possibles

Nous nous entendons tout que la survie n’est pas le plus aisé des états. Elle permet cependant les extraordinaires possibles que nous pouvons ensemble, dans l’écoute des autres, participer à mettre en place pour créer les bases d’un futur plus ou moins proches où la personne, survivante, devient vivante et plus sereine.

Nous avons le pouvoir de reconnaître d’abord et avant tout l’extraordinaire choix de survivre, l’importance de cet état transitoire, et de se le représenter comme le tremplin vers mieux. Un tremplin comporte une échelle, qu’il est parfois lourd de gravir. Il comporte aussi un point de départ, au début de la planche, où il est peu possible de rebondir. Il faut alors avancer doucement, sentant sous nos pieds la surface instable. Plus on avance, prenant doucement notre équilibre, nous constatons alors qu’arrivés au bout, nous nous stabilisons, puis nous mettons un peu plus du poids nécessaire à rebondir, pour s’élancer, devant.

Se créer les moyens pour accompagner le choix de survivre

Respectons chacun de ces pas pour ce qu’il est, valorisons le choix de gravir l’échelle, d’abord, à son rythme. Pour chaque petits pas, soyons présent pour valoriser, gratifier ces gestes. Ils sont la condition préliminaire à vivre pleinement et sereinement sa vie. Faisons ensemble la promotion de la santé mentale, de survivre tout simplement. Mettre en doute la gravité des difficultés des autres, choisir de ne pas reconnaître la lourdeur de ce qu’ils vivent en minimisant leurs obstacles, c’est encourager passivement l’isolement de ceux-ci. Gardons à l’esprit qu’avant la joie de vivre, il y a le nécessaire courage de survivre aux événements. C’est ici que nous pouvons en premier lieu agir, accompagner, entendre. Cette oreille restée attentive et ouverte nous donnera la clé pour être aux premières loge d’être spectateur-accompagnateur de la belle suite des choses.

Partager pour mieux aider !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.