Un texte de Raymond Viger | Dossier Agression sexuelle

Raymond Viger est éditeur du magazine Reflet de Société. D’abord intervenant de rue, il est devenu un acteur reconnu et apprécié par ses pairs pour ses préoccupations sociales et communautaires, particulièrement dans la fondation et la direction général du Journal de la Rue, du Café Graffiti, de Reflet de Société ainsi que plus récemment de l’organisme Survivre.

Dès mon jeune âge, dans ma vie personnelle et ensuite pendant près de 30 ans en intervention, des histoires de viol et d’agressions n’ont cessé de me parvenir. J’ai accompagné des femmes qui ont découvert en thérapie, de longues années après les faits, qu’en réalité, elles avaient été violées.

Jade traverse une période difficile. Elle est fragile et sensible. Elle a besoin du réconfort d’un ami.

Jade lui demande si elle peut passer faire un tour chez lui. Elle a juste besoin d’être écoutée. Comme un bon samaritain, il l’accueille volontiers. Elle s’ouvre à lui. Lui fait partager ses déboires. Il l’écoute religieusement, sans rien dire. 

Pour l’aider à mieux se sentir, il lui verse un verre de vin. Il s’assure de ne pas laisser le verre vide. Tout en s’ouvrant quant à son désarroi, sans s’en rendre compte, l’émotion aidant, Jade vide ses verres assez facilement.

L’ami bienveillant 

Jade est pleine de gratitude envers son copain, cet ami, qui a consacré la soirée à l’écouter. Elle se sent mal de la lui avoir gâchée avec ses malheurs. Elle veut rentrer chez elle. Il lui rappelle qu’elle a bu plusieurs verres de vin. 

Jade n’est plus en état de retourner à la maison avec son véhicule. En plus des risques d’accident, si elle se fait arrêter, elle perdra son permis de conduire. Il aurait bien voulu la raccompagner, mais lui aussi a bu. Il lui offre alors de rester à dormir dans la chambre d’ami. Elle pourra repartir demain matin après le déjeuner.

Jade pense à appeler un taxi. Il lui répond qu’à cette heure tardive, les taxis peuvent prendre du temps. Aussi, en partant en taxi ce soir, elle sera à pied demain pour se rendre au travail ; elle devra reprendre un taxi pour venir récupérer sa voiture… Beaucoup plus simple de rester chez lui pour la nuit. 

Jade décide de rester. Il lui offre un dernier verre avant le coucher. Il lui dit que c’est vrai que ce qu’elle vit est triste. C’est normal de se sentir fragilisée et sensible face à de tels événements. Il est tellement compréhensif et avenant.

Juste pour rire

Il s’approche d’elle. Il la regarde avec tendresse. Il lui dit qu’il connaît un remède infaillible pour ce genre de cafard. Il lui fait un sourire. Une thérapie par le rire! En annonçant la couleur de son remède, il la chatouille partout. Avec vivacité. 

Jade tente de lui résister. Elle lui dit d’arrêter, qu’elle est en train de s’étouffer. Mais rien n’y fait. Il garde le contrôle. Elle se fait chatouiller partout. Elle en perd le souffle, tout en lui disant d’arrêter. Il découvre ses zones les plus fragiles. Il s’y attarde méthodiquement. Jade rit aux larmes. Plus elle rit, plus il la chatouille, plus Jade lui demande d’arrêter de jouer ainsi.

Il lui dit que c’est bon pour son moral. Pour lui faire passer sa période de vulnérabilité. Quand Jade tente de retenir ses mains, lui, avec une seule, peut retenir les deux siennes, la rendant vulnérable à cette autre main baladeuse. 

Après plusieurs minutes à ce régime, elle est complètement vidée, plus d’énergie pour lui résister. Il continue de la chatouiller. Jade lui demande d’arrêter. Il lui répond qu’il est convaincu que ça lui fait du bien. Elle est tout enjouée. Une main lui frôle les fesses. Une autre frotte un de ses seins. Rien de malin. Ce n’est qu’un jeu. Il essaye de l’aider à passer au travers de cette mauvaise période.

Les chatouillements s’entremêlent de petits mordillements. Les effleurements sont de plus en plus fréquents. Le revers de la main accroche les seins. Rien de méchant. Ce n’est qu’un accident. Ce n’est pas comme si ç’avait été la paume.

Il dit que c’est comme une zoothérapie. Il fait le beau et imite un chien affectueux. Le meilleur ami de l’homme. Un chien qui veut la lécher partout, qui passe sa tête partout sur son corps. Toujours en riant, Jade lui dit d’arrêter, qu’elle n’est plus capable. 

De guerre lasse

Les mordillements font place à des lèchements. Ensuite c’est une langue qui se fait de plus en plus insistante. Des mouvements plus précis. Jade lui demande encore une fois d’arrêter. Pendant que ses mains se glissent sous son chemisier pour lui masser vigoureusement les seins, elle réalise qu’elle lui demande depuis le début d’arrêter, mais qu’il continue son jeu. 

Comment lui faire comprendre que cette demande d’arrêter est différente des autres? Comment lui faire comprendre qu’elle veut vraiment qu’il arrête?

Jade le lui demande encore à trois reprises. Pendant qu’elle retient à deux mains celle de ce copain qui lui caresse les seins, l’autre se dirige sans hésiter sous sa jupe. Elle aurait besoin de quatre mains pour lui résister. Jade n’a pas la force pour se défendre.

Le vin, une séance de chatouillements qui n’en finit plus…vidée et sans plus d’énergie, elle abandonne. Jade lâche prise. Elle se laisse faire.

Pendant les deux années qui vont suivre, Jade tentera d’oublier cette soirée. Une soirée bien arrosée. Une soirée grise…

Un jour où elle se retrouve en thérapie, elle décrit pour la première fois l’événement. Au milieu de son témoignage, avant de raconter la fin, Jade fige. Elle devient toute blanche. Le sang se glace dans ses veines. 

Je n’ai jamais été consentante. Est-ce que c’est ça qu’on appelle un viol?

Survivre est soutenu par le Fonds d’urgence pour l’appui communautaire, du gouvernement du Canada et par la Fondation du Grand Montréal. 

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Ressources sur le suicide

  • Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.
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  • France Infosuicide 01 45 39 40 00 SOS Suicide: 0 825 120 364 SOS Amitié: 0 820 066 056
  • BelgiqueCentre de prévention du suicide 0800 32 123.
  • Suisse: Stop Suicide
  • Portugal: (+351) 225 50 60 70

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Funbusy

Chantal Lee a grandi dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Elle s’est découvert une passion pour l’écriture dès son jeune âge, mais ce n’est que depuis 2001 qu’elle écrit sur une base régulière.

Violence, drogue, faible estime de soi et abus sexuels ont trop longtemps fait partie de la vie de cette femme courageuse. Chantal Lee a réussi à reprendre le dessus et malgré la grave maladie qui l’afflige depuis quelques années, elle partage par le biais de son premier recueil de poésie son inconditionnel amour de la vie.

Prix : 9,95$

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